800 ans d'humanisme à la Faculté de Médecine de Montpellier

La création du concept « d’université » est l’une des inventions les plus importantes du Moyen Âge. En effet, l’enseignement spécialisé de haut niveau (médecine et droit) qui s’était développé depuis l’an 1 000 était voué à être éphémère : il était uniquement le fait de maîtres particuliers dont les écoles ne survivaient pas à leur enseignant. C’est le cas des écoles médicales de Salerne, en Italie, qui ont disparu faute d’organisation réglementée et pérenne. D’inspiration salernitaine, les écoles médicales montpelliéraines seront regroupées grâce aux statuts de 1220 en communauté (universitas en latin) de maîtres et d’étudiants, avec des droits et des devoirs respectifs, une organisation de fonctionnement, de validation des connaissances, et de reconnaissance des diplômes qui sera bientôt « universelle » dans toute la chrétienté. Ainsi, l’enseignement médical, grâce à ses statuts universitaires officiels, survivra 800 ans à Montpellier.

Si l’enseignement médical s’est développé à ce point à Montpellier dès les XIIe et XIIIe siècles, c’est que cette cité née en l’an 1 000 était au croisement des civilisations orientales et occidentales, point médian entre les péninsules italienne et ibérique, au carrefour des routes de circulation terrestre (via domitia romaine et chemin de Compostelle) et maritime (port de Lattes sur le littoral montpelliérain, jadis le plus important des ports de la Méditerranée entre Gènes et Barcelone). À Montpellier étaient lus, traduits et enseignés les manuscrits redécouverts de l’Antiquité (Hippocrate, Galien). Ces manuscrits avaient été sauvegardés par les Arabes, enrichis par la science arabo-persane (Avicenne), puis transmis au continent européen à partir des foyers de culture andalouse, sicilienne et latine (Constantin l’Africain). Tous ces manuscrits transmis de générations en générations en langue arabe, ont été traduits « à quatre mains » en hébreu puis en latin, notamment à Montpellier où juifs et chrétiens travaillaient en partage heureux. La création de l’Université médicale de Montpellier, alors sous juridiction de la Couronne d’Aragon, actuelle Catalogne, est une création de la Méditerranée, une synthèse de ses civilisations, la preuve d’une paix possible...

L’Université médicale de Montpellier s’est développée pendant huit siècles sur la base d’un esprit universitaire singulier : l’humanisme. Sa devise revendique la filiation et l’appropriation de l’enseignement d’Hippocrate (Jadis Hippocrate était de Cos, il est maintenant à Montpellier) et de son Ethique (le premier aphorisme d’Hippocrate accueille les étudiants à la porte de leur Faculté : « l’art est long ! »). Les médecins montpelliérains du Moyen Âge n’étaient pas que des médecins, ils étaient parfois aussi alchimistes et même diplomates, médecins des papes... Ceux de la Renaissance étaient profondément naturalistes : ils s’intéressaient autant à l’anatomie (premières dissections françaises dès le XIVe siècle) qu’au règne animal et végétal, cherchant à connaître l’homme dans son environnement (premier jardin botanique et climatique de France), et même dans toutes ses dimensions, avec Rabelais, qui n’a cessé d’être médecin, alors qu’il donnait ses conseils de vie dans son Pantagruel (« Vivez Joyeux ! ») sans négliger de rappeler certains principes d’hygiène médicale.

L’Université médicale montpelliéraine n’a jamais cessé son enseignement à travers les âges et les péripéties de l’histoire. Aujourd’hui, à l’aune des nouvelles technologies, l’esprit humaniste reste fondamental en médecine. Après 150 ans de progrès majeurs apportés par la médecine expérimentale et bioquantitative, il est urgent de rappeler que si « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », en Médecine à Montpellier, « cela fait 800 ans que nous faisons de la Science avec Conscience ». La commémoration des 800 ans de l’Université médicale de Montpellier est un devoir de souvenir et de réflexion tourné vers l’avenir.

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